LES BRODEQUINS EN CUIR RETOURNE DE L’USMC
les fameux « boondockers »

UPDATE 08/05/13

 

Dès 1940, la doctrine de l’USMC est déjà très orientée vers les opérations amphibies, la perspective d’un conflit dans le Pacifique devenant chaque jour plus probable.
Afin de doter les troupes d’un brodequin adapté à ces conditions particulières, mais qui puisse également être porté sur des bâtiments de l’US Navy, le dépôt de Philadelphie élabore un cahier des charges qui reprend les atouts des brodequins M1917 et M1918 (les célèbres Pershing shoes), notamment la fabrication en cuir retourné qui permet l’imperméabilisation des chaussures et une meilleure résistance, mais en abandonnant le cloutage incompatible avec les ponts métalliques des navires.

 

Brodequins M1917

 

Les célèbres boondockers voient donc le jour au début de l’année 1941 et les premiers contrats (Nom-28141 et 30895) sont alors attribués à la société "The Joseph M.Herman Shoe Company" en mars et juin de la même année pour un total de 220 000 paires à un coût unitaire de 3,30$. Seuls trois fabricants produiront ces boondockers pour l’USMC entre 1941 et 1945, "The International Shoe Company" et "Endicott Johnson Shoe Company" complétant ce trio.

 

 


Brodequins USMC « Boondockers »

 

 

Contrat M.Herman Shoe Company du 30 juin 1941



Les brodequins produits par ces trois fabricants sont très similaires, avec quelques nuances sur la forme, les coutures et la finition. Cependant, la principale différence réside dans le motif des semelles, spécifique de chacun des contractants. Il est donc fort probable que chacun ait eu un fournisseur exclusif de semelles, ainsi la société Panco fournissait-elle "Herman Shoes".


Voici les trois motifs observés :

Joseph M.Herman Shoe Company
The International Shoe Company
Endicott Johnson Shoe Company
Motifs de semelles des brodequins USMC 1941-1945

 

Les fabrications les plus précoces possèdent des œillets en laiton, ainsi que des lacets dotés d’extrémités métalliques
En raison du caractère stratégique des métaux et notamment du cuivre, ces éléments seront remplacés, dès la fin de l’année 1942, par des matériaux plus disponibles, notamment un alliage ferreux pour les œillets.

 

Oeillets en cuivre et lacets à embouts métalliques (1941-42)

 

Œillets en alliage ferreux (1943-45)

 


En dehors des éléments évoqués précédemment, on constate également des différences de teintes entre les fabricants, mais aussi au cours de la période de fabrication, du fauve au gris, dont voici un exemple.

 

Différences de teintes

 

 

Une partie des brodequins fabriqués ne portent pas de mention du contrat type « Nom » de l’USMC ; on constate néanmoins que la société International Shoe Co. l’appliquait systématiquement dès 1943 alors que les deux autres fabricants attendront 1945.

Contrat Nom-44904 International Shoe Co. du 14 juin 1944

 

 

Le concept de ces brodequins en cuir retourné a également été utilisé par les autres armes, notamment l’US Army qui a cependant développé son propre chaussant, plus arrondi.

En revanche, l’US Navy s’est inspiré directement du modèle de l’USMC, reprenant les caractéristiques principales du boondocker. On constate cependant une plus grande variété de fabricants pour l’USN, dont les trois contractants précédemment évoqués qui reprendront à l’identique le modèle USMC à l’exception des marquages, mais aussi une foule d’autres contractants qui utiliseront d’autres modèles de semelles.

 

Exemples de semelles US Navy

 

La fin du conflit mondial en 1945 n’a pas sonné le glas des boondockers, qui furent utilisés encore massivement pendant la guerre de Corée, jusqu’au Liban en 1958.


Quelques fabrications furent faites à la fin des années 40, à l’identique du brodequin des années de guerre, puis une version tout juste améliorée, le brodequin M1951 verra le jour quelques années plus tard pendant la guerre de Corée pour être finalement supplanté par une botte haute, elle aussi spécifique de l’USMC.
Ces fabrications après 1945 feront l’objet d’un prochain article.

 

 

Sources : Grunt Gear – USMC Combat Infantry Equipment of World War II by Alec S. Tulkoff

Article : Etienne Laffitte